Le ministère de la transition écologique propose que le silure soit classé comme « espèce susceptible de causer des déséquilibres biologiques ».
C'est une très bonne nouvelle, l'Association Départementale Agréée de Pêcheurs Amateurs aux Engins et aux Filets de Loire-Atlantique demande depuis de nombreuses années que ce poisson soit classé comme causant des déséquilibres halieutiques et que le no-kill de l'espèce soit interdit sur les eaux du domaine public.
1. Origine et explosion du silure
Le silure, introduit en France dans les années 1970 comme poisson de sport, a colonisé en 50 ans la quasi‑totalité des grands fleuves et rivières. Aucune autre espèce animale n'a colonisé une rivière aussi rapidement que lui, ce qui est un drame écologique pour certains et une aubaine pour d'autres. Un silure peut mesurer presque 3m et peser autour de 150 kg." (record mondial à 2m92, estimé autour de 140 kg). Il ne connaît aucun prédateur parmi ses congénères.
Pourquoi ce poisson prolifère aussi vite :
- Il a un système de reproduction hors normes comparé à toutes les autres espèces de poissons qu'on peut retrouver dans nos rivières, puisqu'une femelle pond jusqu'à 30 000 œufs par kilo de son poids. Donc une grosse femelle de 70 kilos peut pondre jusqu'à 2 millions d'œufs en une seule fois alors que le brochet, par exemple, en pond 15 000 à 20 000, le silure fait 100 fois plus.
- Le silure a également une grosse réussite dans la reproduction car le mâle protège son nid. Il défend les œufs. Les autres espèces, sauf à de très rares exceptions, après avoir fécondé les œufs, ne restent pas sur place et laissent les œufs livrés à eux-mêmes, la survie des alevins est donc assez faible.
- La période d'incubation des œufs de silure est extrêmement rapide puisqu'elle va de 3 à 10 jours et le mâle ne quitte pas le nid jusqu'à l'éclosion des œufs. Il est même extrêmement agressif pour les défendre.
- Les petits silures grandissent à une vitesse record. Ils commencent très vite à manger les alevins des autres espèces qui eux grandissent lentement.
- En quelques mois, ils sont déjà trop gros pour être mangés par n'importe quel prédateur.
- Contrairement au brochet et à d'autres espèces, le silure est un vrai caméléon. Il s'habitue à la température de l'eau à une vitesse incroyable. Pour lui, une eau à 25, 26, 27 degrés, ce n'est pas du tout un problème là où les autres espèces deviennent totalement léthargiques face à la hausse des températures. Le silure, lui, il adore ça.
C'est donc à cause de tous ces points que le silure est partout et a colonisé tous les fleuves et rivières de France à une vitesse exceptionnelle.
2. Impacts écologiques constatés
Des associations (Logrami, EPBT Vilaine, etc.) à partir de 2010-2011 ont observé, grâce à des caméras sur les passes à poissons, que des silures se postent à la sortie des passes et attendent tranquillement que le dîner soit servi, consommant une part importante des migrateurs (saumon, alose, lamproie, anguille, mulet) (cf étude de Boulêtreau et al. (2018)).
Ces études ont démontré que 30 à 80 % des grands migrateurs ont été consommés par le silure à la sortie des passes à poissons. Ces études évoquent des taux de prédation très élevés, remettant en cause les efforts de réintroduction, notamment de l'anguille.
Les dernières études de l'OFB et de l'INRAE, notamment le rapport final de Stéphanie Boulêtreau, Laurent Beaulaton, Frédéric Santoul en novembre 2024 sur l'estimation de la biomasse d'espèces migratrices consommées par le silure glane, montrent que la biomasse du silure peut atteindre des sommets vertigineux entre 500 kg et une tonne par hectare. En comparaison, le brochet va être compris entre 10 à 20 kilos par hectare. Le silure peut donc représenter une masse 50 fois supérieure à celle du brochet et jusqu'à 80% de la biomasse totale des carnassiers. Autrement dit, sur 10 kilos de prédateurs dans l'eau, il y a 8 kilos de silure et il reste seulement 2 kilos à partager entre les sandres, les brochets et des perches, etc
3. Critique du modèle économique "silure"
Le silure apparaît, non plus comme un poisson, mais c'est un produit d'appel.
Certaines structures de pêche de loisir semblent avoir bâti un modèle économique sur le silure : poisson record, très attractif pour un public jeune, consommateur de matériel de pêche, prêt à traverser la France pour avoir le poisson record, et générant des ventes de cartes.
Au final le tourisme halieutique leur donne un plus gros budget et l''argument business n'est donc vraiment pas négligé.
Le risque pour ces structures, c'est que si le silure devient nuisible et que le no-kill est interdit, les spécialistes de la pêche au silure s'en vont et c'est une perte financière sèche et immédiate.
Ces structures continuent à promouvoir le silure et le no‑kill malgré les alertes scientifiques, pour préserver ce. « produit d'appel ».
Où est passé le principe de précaution ?
Les structures de la pêche de loisir reçoivent des subventions de l'État pour reconstituer des frayères. Le problème, c'est que, si le silure n'y est pas régulé, en période de frai, il va aller se gaver des alevins. Mais reconnaître le silure comme nuisible reviendrait à se rendre à l'évidence que l'argent de l'État investi pour rétablir des frayères a tout simplement été jeté à l'eau !!
4.Exemples réglementaires
Certaines autorités, par exemple le préfet de la Gironde, a inscrit noir sur blanc dans l'ARP du 11 février 2026 l'interdiction totale de remise à l'eau du silure, tout silure capturé devant être conservé ou détruit.
Des études sont là, elles ont été faites également dans des pays européens. Il est considéré comme exotique envahissant, parfois avec obligation de destruction ou interdiction de remise à l'eau, dans plusieurs pays ou régions d'Europe occidentale et méridionale (Italie du Nord, certains contextes au Portugal, Espagne, Pays‑Bas, Royaume‑Uni, etc.).
5. Lien avec le projet de décret national
Le texte s'inscrit dans le contexte du projet de décret du ministère de la transition écologique visant à classer le silure comme « espèce susceptible de provoquer des déséquilibres biologiques » (ESPDB) sur les bassins Adour-Garonne et Loire-Bretagne, afin de faciliter sa régulation.
L'Association Départementale Agréée de Pêcheurs Amateurs aux Engins et aux Filets de la Loire-Atlantique soutient ce projet de décret.
L'ADAPAEF de Loire-Atlantique est membre bienfaiteur de la Fédération Nationale des ADAPAEF reconnue d'utilité publique
(Décret du 5 janvier 2004 - J.O. n°8 du 10 janvier 2004 page 834)